Selon G.B. Richardson, l'accès à l'information secondaire est une fonction de la nature des accords économiques (collusion : les membres du système planifient leurs activités ensemble) ou du système postulé (système économique planifié : les membres du système renoncent à leur indépendance en se mettant sous les ordres d'une autorité centrale qui décide et planifie les activités de chaque entreprises). Autrement dit, les conditions nécessaires pour obtenir une telle information sont incompatibles avec une hypothèse de concurrence parfaite. Si la collusion et la planification centralisée sont exclues parce qu'étant en contradiction avec la libre concurrence, comment l'entrepreneur va-t-il accéder à l'information relative aux activités projetées par les entreprises qui lui sont concurrentes ou complémentaires? Ainsi si l'on suppose, comme le font les néoclassiques, un univers de concurrence pure et parfaite, le processus de formation d'attentes réciproques cohérentes pose problème car la structure de communication interdit aux joueurs de se répartir les tâches. Les choix d'investissement sont donc effectués dans une ignorance plus ou moins grande de ce que seront les investissements concurrents et complémentaires. Une telle ignorance peut conduire à des excès d'offre ou à des excès de demande constituant ainsi une menace pour la profitabilité de la firme (J.L. Gaffard, 1995). Les acteurs risquent alors de ne pas parvenir à un degré de coordination satisfaisant. « Il faut pour y parvenir que les joueurs puissent s'entendre, et qu'ils découvrent les schémas de comportements individuels qui permettent à chacun d'entre eux de prévoir les réactions de l'autre » T.C. Schelling (1960, p.113).

En mettant l'accent sur la dispersion de l'information, G.B. Richardson (1959) introduit la notion d'incertitude liée à la simultanéité des investissements. L'incertitude n'est donc pas seulement liée à l'insuffisance prémonitoire du décideur quant au futur, mais provient de l'ignorance du joueur quant à l'attitude que les autres adopteront. Il relève que l'équilibre n'est pas assuré simplement par l'existence d'un ensemble d'activités économiques, mais aussi par leur coexistence avec un ensemble de croyances. Un tel constat conduit l'auteur à affirmer qu'un système décentralisé ne pourra fonctionner que dans la mesure où les acteurs auront les moyens d'accéder à une information secondaire. Ainsi, la distinction opérée par G.B. Richardson entre information primaire (contrôlée) et information secondaire est une aide considérable dans l'analyse du problème de la communication et de l'interdépendance des décisions dans le contexte d'une économie de marché où il est impossible de disposer d'une information complète. Un tel constat nous amène à remettre en question le rôle de l'information prix dans le processus de prise de décision.

[1] J.L. GAFFARD « Information, coordination et organisation de l'industrie » pp. 1-10 dans A. ASQUIN J.L. GAFFARD ET M. RAINELLI « Les nouvelles formes organisationnelles » Paris, Economica, 1995, 290 pages.

[2] T.C. SCHELLING« Stratégie du conflit » Paris, PUF, 1960, 312 pages.

[3] G.B. RICHARDSON « Equilibrium expectations and information » The Economic Journal, June 1959, vol. 69, pp. 223-237.